(juin05)
Les récréations sont longues jusqu'au ciel. Il paraît que pour moi, Petit Baume, le temps semble plus long. Parce que j'ai cinq ans. C'est injuste. J'ai l'impression que je suis là depuis toujours. On ne peut même pas s'appuyer contre les murs, à cause des pigeons, sous les gouttières, qui chient sur nos têtes. Rester le nez en l’air à surveiller qu’aucune queue ne dépasse. Quelle heure est-il ? J'ai froid ici. Je regarde ma montre. Encore cinq minutes. Bien ! J'ai le temps de fumer une cigarette avant la sonnerie. Je ne me suis pas rasé ce matin et la maîtresse va faire la moue.
A part cela, il faut reconnaître que l'on s'amuse bien avec elle. Elle passe toutes les heures de classe à écrire au tableau. Le livre de cours dans la main gauche, la craie dans la main droite, elle recopie, indéfiniment, ce qu'il y a dans le livre, sur le tableau. C'est idiot car nous l'avons tous, ce livre. Elle nous l'a fait acheter au début de l'année. Alors on essaye de la réveiller. On lui crie dans les oreilles. Mais cela ne fait rien. Elle reste là, à nous tourner le dos et à copier ce qu'il y a dans le livre sur le tableau. Pourtant elle n'est pas sourde. Nous la voyons tressaillir parfois, lorsque l'un ou l'une d'entre nous pousse un hurlement particulièrement strident. Elle n'est pas muette non plus. Nous ne l'avons jamais entendu prononcer qu'une phrase, une seule, toujours la même. « Dépêchez-vous de recopier ce que j'écris au tableau dans votre cahier, il faudra le savoir par cœur pour demain, il n'y a bientôt plus de place alors je vais devoir effacer pour écrire la suite ».
[tR., 2004?]









Tu l'as dit :